« De l’inframince, brève histoire de l’imperceptible de Marcel Duchamp à nos jours », Thierry Davila

De l’inframince, brève histoire de l’imperceptible de Marcel Duchamp à nos jours, Thierry Davila, édition du regard, 2010.

Thierry Davila est historien de l’art, philosophe de formation, également commissaire d’exposition, et conservateur au MAMCO (Genève).  Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’art contemporain comme L’Art médecine (RMN, 1999), Marcher, créer.
Déplacements, flâneries, dérives dans l’art de la fin du XXe siècle (Éditions du Regard, 2002), In extremis. Essais sur l’art et ses déterritorialisations depuis 1960 (La lettre volée, 2009). Nous allons nous intéresser à son ouvrage phare qui dissèque les références à une conception duchampienne traitant de l’inframince. L’ouvrage se découpe en cinq chapitres : De l’inframince : La casuistique de Marcel Duchamp; Marcel Duchamp se répète (à l’écart inframince près); « There isn’t anything to look at » : D’un art invisible (Europe/USA années 1960-1970); Max Neuhaus : Inventer l’expérience du seuil; Heuristique du non-évènement. Il propose dans cet ouvrage une analyse par cas, ce qui nous permet d’avoir un cheminement clair. Il prend pour point de départ la figure emblématique de Duchamp et ses concepts puis Davila démontre les répercussions sur la génération suivante. D’un art conceptuel nous entrons dans différents champs artistiques comme la question du vide et de la dématérialisation de l’art. Il se lance également dans une interprétation des oeuvres sonores. Davila nous propose une relecture intéressante de certaines oeuvres majeures. L’inframince dans l’ouvrage relève de l’imperceptible pourtant perçu.  Il entre en rapport avec l’infiniment petit et la nuance.

Extrait :

Introduction, p.13, 14.

 » De l’imperceptible à présent.

Il y a donc bien une invisibilité de l’art ou plus exactement un art invisible – doté de déterminations phénoménologiques, nous aurons à y revenir, qui ne rejoignent pas un art de l’invisible entendu ici comme une mise en forme d’une réalité transcendant l’image, dont on sait qu’il est à l’origine de la vocation funéraire de l’art en Grèce et de son entreprise de figuration, autrement dit dont on sait qu’il est au principe même de l’apparition de l’art occidental, ou encore, pour ne citer qu’un seul autre exemple historique remarquable, dont on suit la prégnance au Moyen Age dans l’art byzantin pour lequel ses thuriféraires « avaient admis la possibilité et même la nécessité d’un genre d’images qu’il fallait regarder « avec les yeux de l’esprit » parce qu’elles montraient l’invisible », parce qu’elles le reflétaient, le représentaient – qui n’a pas pour l’heure d’histoire construite mais qui produit des effets à différentes époques de l’art. Il y a donc bien une quasi-présence ou une quasi-absence de la forme qui trace l’identité de la prise de forme elle-même. Et peu importe, d’ailleurs, que cette ténuité extrême n’ait pas véritablement son histoire si l’on entend par là – très classiquement, très académiquement – la construction logique et déductive de son apparition dans le temps. Car, de par sa valeur phénoménale (chez Pline, chez Alberti, chez Raphaël et, nous le verrons, chez d’autres encore), cette imperceptibilité de l’oeuvre appartient à ce que Henri Focillon a décrit comme une « histoire qui n’est pas unilinéaire et purement successive et qui peut être considérée comme une superposition de présents largement étendus », elle est toujours déjà prise dans une intempestivité qui la constitue comme telle. Bref, elle est l’objet d’un jeu de transformations, de rappels et de relances, de renvois et d’actualisations qui en fait un processus historique non pas évolutif mais en déplacement, soumis à des itérations, se difractant et se réfractant à travers des gestes innombrables et pluriels. Autant d’opérations qui exemplifient ce que, de son côté, Jacques Derrida a justement qualifié de contemporanéité sans âge. D’ailleurs, les créateurs eux-mêmes, quand ils sont grands, vivent pleinement et en toute conscience (dans) cette co-présence des durées, (dans) leur stratification active et bien souvent motrice, ce qui, par exemple, amène Robert Smithson à constater que l’artiste  » doit aller là où les futurs lointains rencontrent les passés lointains  » et, avant lui, Marcel Duchamp à avancer, en faisant explicitement référence à Nietzsche dans une formulation qui résonne étonnamment avec celle choisie par Focillon pour souligner l’intempestivité des oeuvres dans l’histoire :  » = à chaque fraction de la durée (?) se reproduisent toutes les fractions futures et antérieures. Toutes ces fractions passées et futures coexistent dons dans un présent qui n’est déjà plus ce qu’on appelle ordinairement l’instant présent, mais une sorte de présent à étendues multiples. » C’est dans ces multiples étendues du temps que le sujet ici abordé circule, c’est dans leur incessante activation qu’il trouve les moyens d’une plasticité renouvelée. »

Articles :

http://www.necplus.eu/download.php?file=%2FCML%2FCML2011_170%2FS033615001101413Xa.pdf&code=f63eca9b89e15f8881bc6fe8a66d382c

http://www.lejournaldesarts.fr/jda/archives/docs_article/80540/messages-de-l-art-message-des-arts.php

http://www.librairiedialogues.fr/personne/thierry-davila/683116/

http://www.synesthesie.com/mobilites/popup/davila_texte.html

Ouvrages intéressants :

Art, le présent. La création plasticienne au tournant du XXIème siècle, Paul Ardenne, Editions du regard, 2009.

Un art contextuel, Paul Ardenne, Flammarion, 2002.

Dossier sur Marcel Duchamp :

http://www.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-Duchamp/ENS-duchamp.htm

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